Les poêles à granulés canalisables permettent de chauffer une ou plusieurs pièces adjacentes à l’appareil grâce à des gaines qui transportent l’air chaud. Mais pour une installation efficace, un bon dimensionnement de l’appareil et du réseau de distribution est primordial.
Définition : Les poêles à pellets canalisables se démarquent des poêles à granulés classiques dans le sens où ils permettent de diffuser la chaleur à travers des gaines. Cela permet une répartition plus harmonieuse des températures dans les espaces cloisonnés.
Nombre de ventilateurs : Les poêles à granulés canalisables sont souvent des appareils assez puissants, plutôt destinés à la rénovation. Les modèles de 7 à 10 kW sont d’ordinaire équipés d’un ventilateur supplémentaire alors que les appareils de 12 à 14 kW disposent généralement de deux souffleries en plus.
Puissance totale : Pour faire un dimensionnement approximatif, on compte habituellement une puissance de 40 W/m3. Ainsi, une surface à chauffer de 100 m² avec une hauteur sous plafond de 2.5 m (soit 250 m3) aura besoin d’un appareil d’environ 10 kW (250*40 = 10 000 W). Mais l’installateur affine toujours cette estimation en fonction des caractéristiques de l’habitation et du climat local.
Puissance canalisée : De prime abord, on pourrait imaginer chauffer une partie RDC (soufflerie principale) et une partie étage (soufflerie secondaire) avec une répartition de la puissance à 50 / 50. Or, ce n’est pas du tout le cas. La répartition de la puissance entre la soufflerie principale et la soufflerie secondaire est asymétrique.
La pièce principale bénéficie de plus de puissance que la pièce canalisée.
Selon les fabricants, la puissance canalisée est de maximum 2 à 3 kW par bouche. Pour un poêle de 10 kW, le RDC bénéficiera de 7-8 kW et l’étage de 2-3 kW, ce qui est insuffisant pour le chauffer en totalité. On retiendra donc qu’une bouche supplémentaire peut chauffer environ 20 à 30 m² selon le niveau d’isolation, soit une pièce en plus.
Ici, une gaine est divisée en deux pour chauffer deux petites chambres.
Séparation en Y : Les gaines peuvent également être séparées par un élément en Y. Cela permet de diviser le flux de chaleur en deux pour desservir des petites pièces. Deux chambres de 10-12 m² par exemple. Mais attention, les gaines doivent avoir sensiblement la même longueur pour partager équitablement la puissance entre les pièces.
Un poêle à pellets canalisable chauffe donc une zone principale (la pièce dans laquelle il est installé) et une ou plusieurs zones secondaires, aussi appelées zones esclaves. Dans cet exemple, le RDC constitue la zone principale tandis que la zone secondaire correspond aux 2 chambres au-dessus de l’appareil.
Il faut bien comprendre que les allumages, les extinctions et les niveaux de puissance du poêle sont toujours commandés par le thermostat de la zone principale. Ainsi, s’il fait froid au niveau des chambres mais que la température du RDC est satisfaite, le poêle ne s’allumera pas. La zone secondaire ne peut donc être chauffée que lorsqu’il y a un besoin de chaleur dans la zone principale.
Sur cet appareil spécifique, une sonde peut être installée dans la zone esclave. Le ventilateur de la canalisation adapte automatiquement sa vitesse selon la température attendue.
Dans ces conditions, comment régler la puissance de chauffe dans la zone secondaire ? Sur l’immense majorité des poêles canalisables, on paramètre le débit de ventilation en sortie de gaine sur le panneau de commande du poêle. Le réglage va généralement de 0 (arrêt du ventilateur secondaire) à 5. Le débit d’air chaud est donc constant. Certains fabricants vont plus loin et proposent une gestion dynamique de cette ventilation grâce à un thermostat situé dans la zone esclave (Hoben, Nobis).
Longueur maximale : Pour une diffusion efficace de la chaleur, les gaines canalisables doivent suivre un trajet direct et être les plus courtes possibles. En général, le maximum acceptable se situe autour de 7-8 mètres mais chaque fabricant a ses préconisations sur ce point. Rika annonce par exemple 5 mètres, Cadel 6 mètres, MCZ 8 mètres et Piazzetta 15 mètres.
Les gaines doivent être isolées si elles se situent en dehors du volume chauffé ou dans un coffrage.
Position des bouches de soufflage : L’idéal est donc de rester sur les installations les plus simples possibles. Par exemple, chauffer la pièce située à l’arrière du poêle (gaine de quelques centimètres pour une cuisine fermée par exemple) ou celle directement au-dessus (gaine de 3 mètres pour desservir une chambre). Si possible, les bouches de soufflage doivent éviter de souffler de l'air chaud directement sur les personnes au risque de créer de l'inconfort. Elles se placent le plus souvent :
A 1m80 de hauteur minimum
A moins de 30 cm du plafond et avec une orientation d’environ 30° vers celui-ci.
Ici, une gaine de quelques centimètres chauffe un bureau adjacent. Attention, une bouche de soufflage trop basse présente des risques de brûlures.
Voici un contre-exemple où un appareil dessert 4 chambres éloignées avec un seul ventilateur supplémentaire. Les résultats sont logiquement décevants avec des écarts de températures jusqu’à 5°C. La gaine est à la fois trop longue et la puissance canalisée trop faible.
Arbitrage bruit/chaleur : Il faut aussi comprendre que plus le réseau est long, plus la soufflerie devra être forte pour envoyer de la chaleur et plus le bruit sera important. On peut alors questionner la pertinence d’une longueur de gaine élevée pour envoyer « seulement » 2 kW de chaleur. Dans ce cas, un chauffage électrique programmable et autonome suffirait.
RETOURS D’EXPÉRIENCES SUR LES POÊLES CANALISABLES
Lorsque les contraintes de dimensionnement et de longueur de gaines sont respectées, les poêles canalisables offrent de bonnes performances et permettent effectivement une meilleure répartition de la chaleur comparés à des poêles à granulés classiques. Voici quelques exemples :
1. Poêle à granulés Rika Domo installé dans une maison bien isolée de 150 m² :
Ici, le poêle à granulés chauffe le RDC par convection naturelle (pas de soufflerie au niveau du poêle). Un ventilateur supplémentaire envoie de la chaleur vers une gaine de 3 mètres. Celle-ci est séparée en 2 par un Y. Elle assure entièrement le chauffage de la chambre au-dessus de l’appareil (gaine 1b) et participe à celui de l’espace ouvert (gaine 1a). La trémie ouverte de l’escalier y contribue également ce qui rend la solution viable. La chambre la plus éloignée du poêle conserve un radiateur électrique.
2. Poêle à granulés Hoben H11c installé dans une maison neuve de 120 m² :
Grâce à l’isolation très performante, la puissance canalisée de 2 kW associée à la trémie ouverte permet de réchauffer efficacement tout l’étage.
3. Poêle à granulés Piazzetta P163T installé dans une maison ancienne de 160 m² :
Ici, le poêle possède bien 2 ventilateurs qui ne sont pas canalisés mais dont les flux sont orientables. Ainsi, un ventilateur est tourné vers l’espace salon tandis que l’autre souffle vers la trémie ouverte de l’escalier.
Le niveau sonore est pour beaucoup un des premiers critères de choix. Avec au moins un ventilateur supplémentaire, les poêles à pellets canalisables sont logiquement plus bruyants que les appareils classiques. Voici ce qu’il faut retenir à ce sujet.
BRUIT AU NIVEAU DU POÊLE
On distingue principalement deux technologies. Les poêles à convection naturelle qui diffusent la chaleur dans la pièce de vie sans ventilation, et les poêles ventilés.
Poêles à convection naturelle : Les poêles à convection naturelle sont plus souples dans la gestion du bruit car il est possible d’activer ou non les canalisations, sans que cela ait une incidence sur la puissance du poêle.
Rika et Nobis sont parmi les rares fabricants à proposer des poêles à convection naturelle dotés de canalisations.
Poêles ventilés : L’équation est plus délicate pour les appareils ventilés qui ont besoin d’une ventilation pour se refroidir. De ce fait, si on choisit de ne pas utiliser les canalisations, cela peut brider la puissance de l’appareil.
Pour mieux comprendre, voici le témoignage d’un utilisateur qui a remplacé son insert bois pour un poêle à granulés canalisable (modèle Thermorossi Slimquadro) :
« Personnellement, je supporte jusqu’à la ventilation 3 sur 6. Au-delà, c’est insupportable. Je suis habituée à une maison calme et j’avoue qu’il m’a fallu un temps d’adaptation. Les premières semaines, je regrettais mon choix justement par rapport à ce bruit de ventilation dont je n’avais pas l’habitude. Aujourd’hui, il est le plus souvent en ventilation 2 et je le pousse lorsque je vais à l’étage pour le bain, le repassage ou autre. Je ne le mets jamais à plus que 3 lorsque je suis dans la maison. Je me suis faite au bruit, car j’ai appris à comprendre et à utiliser mon poêle. J’en retire désormais une entière satisfaction. »
En contrepartie, la ventilation sur le poêle contribue à diffuser la chaleur plus vite et plus loin selon les configurations. Un poêle avec une ventilation frontale sera bien adapté pour chauffer un volume en longueur (plain-pied) alors qu’une ventilation supérieure favorisera la montée de la chaleur (étage).
BRUIT AU NIVEAU DE LA GAINE
Ici, le bruit dépend de la pression exercée sur l’air en sortie de bouche. Lorsque celle-ci est totalement ouverte, le bruit est quasi nul et n’empêche pas de dormir à côté.
Le matériau de la gaine et son diamètre jouent également sur le bruit ressenti et à ce titre, des gaines isolées sans réduction offrent de meilleures performances.
Nombre de ventilateurs : Lors de la conception du projet, privilégiez une installation avec deux ventilateurs au maximum, voire un seul si possible.
Réglages : Dans le cas d’un poêle ventilé, choisir un modèle dont chaque ventilateur peut se régler de 0 (arrêt) à 5. Sur l’entrée de gamme, ce réglage n’est pas souvent proposé et la ventilation est indexée sur la puissance. De ce fait, une forte puissance entraine beaucoup de bruit.
Programmation : Programmer des phases de fortes ventilations en votre absence. Par exemple, allumer le poêle à 4 heures du matin à vitesse 4 pour le mettre en vitesse 1 au lever des utilisateurs.
Pilotage à distance : De même, l’application Wifi des fabricants sur laquelle on peut modifier à distance le niveau de ventilation peut être un plus dans la gestion du bruit. On peut ainsi mettre « à fond » lors d’une absence et baisser à son arrivée.
Bien utilisés, les poêles à pellets canalisables offrent une solution efficace pour diffuser la chaleur vers les espaces cloisonnés adjacents. Pour une installation réussie, il faut toujours veiller au bon dimensionnement de l’appareil (1 canalisation pour 20 à 30 m²) et à ce que les gaines soient les plus courtes possible (5 - 7 mètres).
La principale limite du système vient du bruit des différentes ventilations. Sur ce point, les modèles à convection naturelle se démarquent avec une gestion du niveau sonore très souple.
Pour les poêles ventilés, on privilégiera un appareil dont la vitesse de chaque ventilation est réglable. Un temps d’apprentissage sera souvent nécessaire pour trouver le bon équilibre « bruit/chaleur ».